Defacto, fintech française spécialisée dans le crédit aux PME, vient de déposer officiellement une demande d’agrément bancaire auprès de l’ACPR et de la BCE. Si elle l’obtient, elle rejoindra un club très restreint : selon Maddyness, seules Revolut et Qonto font la même démarche en ce moment.
Qui est Defacto et pourquoi c’est notable
Fondée en 2021 par Jordane Giuly, Morgan O’Hana et Marc-Henri Gires, Defacto s’attaque à un problème concret pour les PME : le besoin en fonds de roulement (BFR). Avances de factures, paiement fournisseurs, crédit flexible à six mois, carte de crédit… la startup propose six produits distincts.
Ce qui la distingue, c’est le canal de distribution. Tu peux accéder à ses offres directement sur son site, via une intégration API dans des plateformes comme Qonto ou Malt, ou encore par un réseau de prescripteurs, principalement des experts-comptables et des DAF à temps partiel. Depuis fin 2024, elle commercialise aussi une solution “lending-as-a-service” à destination des banques elles-mêmes. Société Générale l’a déjà adoptée.
L’agrément comme avantage concurrentiel
La plupart des acteurs du financement alternatif opèrent sans agrément bancaire. Defacto a fait le choix inverse dès le départ. Elle est agréée comme société de financement par l’ACPR depuis 2023, ce qui l’oblige à respecter les mêmes exigences prudentielles que les établissements de crédit : gestion du bilan, fonds propres, liquidité, gestion des risques.
C’est contraignant. Mais ça ouvre des portes inaccessibles aux concurrents.
Le principal avantage : l’accès à la titrisation. Defacto peut céder ses créances à des investisseurs institutionnels, ce qui lui permet de se refinancer à moindre coût. Charlotte Gounot, la Directrice Générale Déléguée, explique la logique clairement : « Sur notre marché du crédit, quand on n’a pas d’agrément, soit on n’arrive pas à accéder à du refinancement, soit on opère structurellement avec une marge négative. Et généralement, ça coince au moment de la série A ou de la série B. »
L’exemple de Finexkap, liquidé en 2022, illustre ce point. Ce pionnier de l’affacturage en ligne n’avait pas ce filet réglementaire.
Ce modèle fait écho à ce qu’on observe chez d’autres fintechs françaises en pleine montée en puissance, comme Alan qui a franchi le cap du milliard d’ARR ou Linc qui attaque le marché de la paie : la compliance devient un atout stratégique, pas un frein.
1,5 milliard prêté, moins de 30 salariés
Les chiffres sont là. En cinq ans, Defacto a financé plus de 20 000 PME pour un volume cumulé de 1,5 milliard d’euros. La startup approche de la rentabilité, selon ses dirigeants.
Ce qui rend ces chiffres intéressants, c’est l’efficience opérationnelle. Moins de 30 salariés pour ce volume, c’est quatre fois plus efficace que les banques traditionnelles sur ce segment. Résultat d’un recours massif à l’IA et à la data, notamment un modèle de scoring propriétaire et une automatisation de toute la chaîne de valeur.
Jordane Giuly, co-fondateur et CEO, cadre bien le sujet : « L’IA est au cœur de notre modèle de crédit, de notre scoring, de notre façon de construire des produits. Mais l’IA ne remplace pas un agrément, ni des années de mise en place d’un cadre sain. Dans le crédit, innovation et compliance vont de pair. »
C’est un message qui mérite d’être retenu. On parle beaucoup d’IA comme d’un raccourci universel, notamment dans le débat sur l’intégration de l’IA en entreprise. Defacto montre qu’en finance, l’IA accélère mais ne remplace pas la solidité réglementaire.
Cap sur la Belgique et l’Allemagne d’ici mi-2027
5 à 6% des clients actuels de Defacto viennent déjà de l’étranger, par le bouche-à-oreille uniquement. La fintech ne peut pas encore commercialiser son offre hors de France sans un agrément adapté.
L’agrément européen, attendu pour mi-2027, changerait la donne. Les deux premiers marchés visés : la Belgique et l’Allemagne. Deux pays choisis pour leur culture de l’affacturage et leurs délais de paiement interentreprises comparables à la France. La généralisation de la facturation électronique obligatoire en Europe constitue aussi un terrain favorable au modèle de Defacto.
Sur le plan réglementaire, Defacto part d’une position favorable. Charlotte Gounot estime que la startup a déjà 95% du corpus réglementaire nécessaire en place, grâce à son statut de société de financement. Qonto, qui part du statut d’établissement de paiement, a plus de chemin à parcourir sur la gestion bilancielle.
Pour accompagner cette montée en puissance, deux profils expérimentés ont rejoint le comité de surveillance : Alain Demarolle, ex-président de LCH Clearnet et MyMoney Bank, et Nicolas Benhamou-Rondeau, avec vingt ans d’expérience chez Société Générale, Citi et AXA.
Ce que ça change pour toi
Si tu travailles avec des PME françaises en tant qu’expert-comptable, DAF externalisé ou partenaire prescripteur, Defacto représente déjà aujourd’hui un outil de financement alternatif sérieux à intégrer dans ta boîte à outils.
Pour les entrepreneurs qui gèrent leur trésorerie : le BFR reste un point de blocage majeur, et les solutions alternatives aux découverts bancaires se structurent progressivement. L’arrivée d’un acteur avec un vrai cadre prudentiel sur les marchés belge et allemand pourrait aussi ouvrir de nouvelles possibilités si tu opères dans ces pays.
Plus largement, ce mouvement confirme une tendance claire : l’internationalisation des fintechs françaises passe de plus en plus par la voie réglementaire, pas uniquement par le produit. Les erreurs classiques des startups françaises à l’international incluent souvent le sous-investissement dans la compliance locale. Defacto semble avoir compris la leçon avant même de franchir les frontières.
Mon avis
Je trouve l’approche de Defacto cohérente et rare dans l’écosystème fintech. Beaucoup de startups financières ont choisi de grandir vite sans agrément, puis se sont retrouvées bloquées au moment de scaler. Ici, la contrainte réglementaire a été transformée en fossé concurrentiel. C’est long, c’est coûteux, mais ça tient à l’épreuve du temps. La question ouverte reste la rapidité du processus auprès de la BCE : mi-2027, c’est optimiste pour un agrément bancaire complet.
FAQ
Qu’est-ce que Defacto propose concrètement aux PME ?
Defacto propose six produits de financement du besoin en fonds de roulement : avance de factures, paiement fournisseurs, crédit flexible jusqu’à six mois, et carte de crédit. Ces produits sont accessibles en direct, via des API intégrées dans des plateformes tierces comme Qonto ou Malt, ou par un réseau de prescripteurs (experts-comptables, DAF à temps partiel).
Pourquoi demander un agrément bancaire européen alors que Defacto est déjà agréée en France ?
L’agrément de société de financement obtenu en 2023 auprès de l’ACPR est valable uniquement en France. Un agrément bancaire européen permettrait à Defacto de commercialiser ses offres en Belgique, en Allemagne et dans d’autres pays de l’Union européenne sans devoir obtenir un agrément dans chaque pays séparément.
Combien de PME Defacto a-t-elle financées depuis sa création ?
Depuis sa fondation en 2021, Defacto a financé plus de 20 000 PME pour un volume cumulé de 1,5 milliard d’euros. La startup approche de la rentabilité selon ses dirigeants, avec moins de 30 salariés.
Qu’est-ce que le lending-as-a-service proposé par Defacto ?
Depuis fin 2024, Defacto propose aux banques une infrastructure technique qui leur permet d’intégrer ses capacités de crédit dans leurs propres offres. Société Générale est l’un des premiers clients connus de cette solution, qui permet aux banques de proposer du financement BFR à leurs clients PME sans développer la technologie en interne.
Quand Defacto pourrait-elle obtenir son agrément bancaire européen ?
Selon Charlotte Gounot, Directrice Générale Déléguée, l’agrément est espéré d’ici mi-2027. La startup estime disposer déjà de 95% du corpus réglementaire nécessaire grâce à son statut actuel de société de financement, ce qui la place dans une position plus avancée que des concurrents comme Qonto sur cet aspect.



