Linc lève 8,5 M€ pour casser le monopole de la paie

La startup française Linc lève 8,5 millions d'euros pour challenger Silae sur le marché des logiciels de paie pour cabinets comptables.

Linc lève 8,5 M€ pour casser le monopole de la paie

La startup française Linc vient de boucler un tour de table de 8,5 millions d’euros pour s’attaquer à l’un des marchés SaaS les plus fermés de France : la paie en cabinet d’expertise comptable. Un secteur pesant 22 millions de bulletins par mois, dominé depuis des années par un seul acteur historique.

Un monopole de fait sur la paie externalisée

En France, la quasi-totalité des TPE et PME externalise leur paie. Elles n’ont ni les ressources ni les compétences pour l’internaliser, ce qui profite aux cabinets d’expertise comptable et de paie. Et ces cabinets, à leur tour, s’appuient massivement sur Silae, racheté par un fonds américain en 2020. Selon Linc, Silae équiperait encore près de trois quarts des cabinets français.

C’est exactement ce statu quo que veut briser Baptiste Le Bihan, Félix Wattez et Thomas de Priestere, les trois cofondateurs de Linc, lancée en avril 2024. En un peu plus d’un an, la startup a signé une soixantaine de cabinets clients et recruté une vingtaine de collaborateurs.

Selon Maddyness, le tour de 8,5 M€ rassemble Headline et Resonance (déjà présents au premier tour de mai 2024), plus dix nouveaux fonds : Founders Future, Acadian Ventures, Adnexus, 50 Partners, Motier, 199 Ventures, Aonia, Better Angle et Clover. Plus de 100 business angels ont également participé, parmi lesquels des clients de Linc, des figures de l’expertise comptable et des entrepreneurs issus de la fintech et des RH.

Trois axes de différenciation concrets

Baptiste Le Bihan, CEO de Linc, résume sa proposition de valeur en trois points.

L’ergonomie et l’IA. Le logiciel vise à simplifier un processus notoirement complexe, en intégrant des fonctionnalités d’intelligence artificielle pour automatiser les tâches répétitives. C’est l’angle que beaucoup de SaaS RH tentent d’exploiter, mais rarement avec la profondeur métier nécessaire sur la paie française.

L’accompagnement senior. Linc ne vend pas seulement un logiciel : il positionne des profils expérimentés en paie pour accompagner les cabinets clients dans la prise en main et la montée en compétence. C’est un choix délibéré contre le modèle “self-serve à grande échelle”.

L’accès aux données en temps réel. Les clients finaux (les entreprises dont les salariés sont payés) peuvent accéder directement à leurs données, sans attendre le cabinet. Le CEO fait le parallèle avec la comptabilité : « La paie est en train de vivre sa transformation comme la comptabilité l’a vécue ces dernières années, notamment portée par Pennylane. »

C’est un positionnement cohérent avec ce qu’on observe dans d’autres verticales SaaS : l’intégration de l’IA en entreprise bute souvent sur la complexité métier, et c’est précisément là que les acteurs sectoriels ont un avantage structurel sur les solutions généralistes.

La paie française : une complexité qui protège

Le marché de la paie en France n’est pas simplement “grand”. Il est structurellement défensif pour les acteurs qui le maîtrisent vraiment.

La France compte des centaines de conventions collectives, des règles fiscales et sociales qui varient selon le secteur, la taille de l’entreprise, le statut des salariés. Linc revendique aujourd’hui une couverture d’environ 40 % des salariés du privé, avec un objectif de 85 % d’ici fin 2026, en étendant sa couverture réglementaire à de nouvelles conventions.

Le CEO est direct sur ce point : « La France est l’un des marchés les plus complexes au monde pour la paie. Notre ambition est d’être l’un des logiciels leaders sur ce marché, qui est très profond. Pour cela, j’estime qu’il faut rester très concentrés avant d’envisager l’international. »

C’est une position que je comprends. Les erreurs d’internationalisation des startups françaises montrent que partir trop vite à l’étranger avant d’avoir un socle solide sur le marché local reste l’une des causes principales d’échec. Linc fait le pari inverse : d’abord dominer la France, ensuite seulement regarder ailleurs.

Les chiffres de la trajectoire

Voici les paliers annoncés par Linc :

  • Janvier 2025 : premières paies en production
  • Fin 2026 : 180 cabinets clients, couverture 85 % des salariés du privé
  • Fin 2027 : 500 cabinets clients, chiffre d’affaires estimé à environ 5 millions d’euros

L’utilisation des fonds se concentre sur deux axes : renforcement de l’équipe produit pour étendre les fonctionnalités et la couverture réglementaire, et recrutement de profils seniors en paie pour l’accompagnement client. Linc assume de ne pas faire de recrutement massif généraliste.

Ce que ça veut dire pour les cabinets comptables

Si tu travailles avec un cabinet qui utilise encore Silae, ou si tu es toi-même dans l’expertise comptable, le positionnement de Linc mérite attention pour deux raisons pratiques.

D’abord, la question de la donnée en temps réel. Aujourd’hui, accéder à ses propres données de paie nécessite souvent de passer par le cabinet, qui restitue l’information avec un délai. Un accès direct, tel que Linc le propose, change concrètement la relation entre l’entreprise et son prestataire : moins de dépendance, plus de réactivité pour les décisions RH.

Ensuite, la barrière à l’entrée liée à la connaissance métier. Baptiste Le Bihan note que l’IA a fait tomber cette barrière dans beaucoup de secteurs, mais pas encore sur la paie, justement parce que la complexité réglementaire française résiste bien à l’automatisation naïve. C’est une remarque honnête sur les limites actuelles de l’IA appliquée à des domaines très codifiés.

Pour les cabinets qui veulent se moderniser sans sacrifier la fiabilité, c’est exactement le genre d’argument qui compte. Et ça rejoint ce qu’on observe plus largement : choisir un logiciel de facturation ou un outil de gestion financière en 2026 demande de poser la question de la conformité réglementaire avant celle des fonctionnalités.

Mon avis

Linc joue sur un terrain difficile, mais cohérent. La paie est un marché “ennuyeux” de l’extérieur, exactement comme le CEO le reconnaît quand il parle de l’intérêt des investisseurs pour des marchés qui « paraissent moins reluisants ». C’est souvent là que se trouvent les meilleures opportunités SaaS B2B : des besoins non négociables, une forte dépendance à l’outil, et un acteur historique qui n’a pas besoin d’innover pour garder ses clients. La vraie question pour Linc, c’est la vitesse d’acquisition des cabinets : passer de 60 à 500 clients en 18 mois tout en maintenant un accompagnement senior, c’est un défi opérationnel réel. À suivre de près en 2027.

Information et avertissement

Cet article est rédigé à titre informatif sur la base de sources publiques, notamment Maddyness. Il ne constitue pas un conseil en investissement ni une recommandation commerciale. Les données financières et les projections citées sont celles communiquées par la startup et ses investisseurs ; elles restent des objectifs, non des résultats garantis.

FAQ

Qu’est-ce que Linc comme logiciel ?

Linc est un logiciel SaaS de paie destiné aux cabinets d’expertise comptable et de paie français. Il propose une interface moderne, une intégration IA et un accès aux données en temps réel pour les clients finaux des cabinets.

Qui sont les concurrents de Linc sur le marché de la paie ?

Le principal concurrent cité est Silae, acteur historique qui équiperait environ 75 % des cabinets de paie en France selon Linc. D’autres solutions comme Sage Paie ou des modules RH de grands ERP sont également présents sur ce marché.

Combien Linc a-t-il levé en tout depuis sa création ?

Linc a réalisé un premier tour à sa création en mai 2024, suivi de ce tour de 8,5 millions d’euros en juin 2026. Le montant total du premier tour n’est pas communiqué publiquement dans les sources disponibles.

Linc prévoit-il de s’internationaliser ?

Non, pas à court terme. Le CEO Baptiste Le Bihan est explicite : Linc veut d’abord s’imposer en France avant d’envisager l’international, en raison de la complexité spécifique de la paie française (conventions collectives multiples, règles fiscales et sociales variables).

Quand Linc a-t-il traité ses premières paies en production ?

Les premières paies en production ont démarré en janvier 2025, environ huit mois après la création de la startup en avril 2024.

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