James Gunn vient d’annoncer une série centrée sur Jimmy Olsen, le photographe de presse de Superman, accompagné de Gorilla Grodd, un singe télépathe en armure. Le tournage démarre bientôt, selon ses propres mots sur les réseaux sociaux. C’est officiel. Et c’est un problème.
Pas parce que ces personnages sont mauvais sur le papier. Mais parce que cette décision intervient au pire moment possible, avec le pire précédent possible devant les yeux.
Le MCU a déjà mené cette expérience, et les résultats sont là
Le parallèle s’impose tellement fort qu’on se demande si Gunn a regardé ce qui s’est passé chez son ancienne maison Marvel ces trois dernières années.
Disney et Kevin Feige ont appliqué à grande échelle la stratégie “prolifération de contenus sur des personnages secondaires” pour alimenter Disney+. Le bilan est documenté : The Marvels a signé le plus gros flop de l’histoire du studio. Ant-Man et la Guêpe : Quantumania a laissé le public indifférent. Captain America: Brave New World et Thunderbolts ont peiné à rentabiliser leurs budgets.
Le public a voté avec ses cartes bancaires et ses télécommandes : il refuse de faire des “devoirs”. Regarder trois séries sur des personnages tertiaires pour comprendre un film, ce n’est plus acceptable. Selon Numerama, Disney a fini par comprendre le message et opère désormais un rétropédalage, en concentrant ses ressources sur Spider-Man: Brand New Day et Avengers: Doomsday, deux valeurs sûres du catalogue.
Feige a mis des années à corriger cette trajectoire. Gunn, lui, choisit de la reproduire dès le début de sa tenure chez DC.
Superman n’a pas convaincu à l’international, et alors ?
Avant même l’annonce de la série Jimmy Olsen, il y avait déjà des signaux à lire. Le film Superman de Gunn a affiché des performances en demi-teinte au box-office mondial, particulièrement hors des États-Unis.
La réponse de Gunn à ces chiffres décevants ? Expliquer que Superman n’est finalement pas si populaire en dehors du marché américain. C’est une pirouette rhétorique qui mérite qu’on s’y arrête : si le personnage le plus iconique de la pop-culture américaine peine à remplir les salles à l’international, sur quelle base projette-t-on qu’un personnage secondaire comme Jimmy Olsen fera mieux ?
La cohérence n’est pas au rendez-vous. Et c’est là que le bât blesse, au-delà du simple choix de personnage.
Le vrai enjeu : la lisibilité d’un univers en construction
Un univers cinématographique cohérent, ça se construit avec des piliers. Le MCU originel l’a compris : Iron Man, Thor, Captain America d’abord. Les Gardiens de la Galaxie ensuite, parce que le film de Gunn avait une identité propre suffisamment forte pour fonctionner en standalone.
Le problème, c’est que le nouvel univers DC n’a pas encore posé ses fondations de manière convaincante. Dans ce contexte, partir sur une série Jimmy Olsen/Gorilla Grodd revient à construire le toit avant les murs. Ce n’est pas une question de budget ou de faisabilité technique, c’est une question de logique narrative et de gestion de l’attention du public.
Les lecteurs habitués à gérer des projets complexes savent que l’ordre de priorité n’est jamais anodin. On ne déploie pas les fonctionnalités secondaires avant le core product. La même logique vaut pour un univers cinématographique.
Ce que ça révèle sur la culture du décideur créatif
Il y a un pattern reconnaissable ici. Gunn avait déclaré, avant les résultats de Superman, que la “lassitude des super-héros” n’existait pas, et qu’il s’agissait uniquement d’une “lassitude des mauvais films”. C’est une position défendable en théorie. Elle l’est moins quand ton propre film affiche des scores mitigés.
Le refus de se remettre en question après un signal faible, puis le rejet de la responsabilité sur le personnage lui-même (“Superman n’est pas populaire à l’international”), ce sont deux comportements qui devraient alerter Warner Bros sur la trajectoire de son investissement.
Ce mécanisme n’est pas propre au cinéma. Dans le monde des outils SaaS et du marketing digital, on observe la même chose chez des fondateurs qui persistent dans une direction malgré des métriques d’engagement en baisse, en attribuant systématiquement les échecs à des facteurs externes. C’est un angle mort créatif difficile à corriger de l’intérieur.
L’annonce de cette série illustre aussi un défi plus large autour des décisions prises sans validation des utilisateurs finaux, un sujet que j’ai abordé dans le contexte de l’intégration de l’IA en entreprise : le vrai problème n’est jamais la technologie ou le concept, c’est l’écart entre la vision interne et la réalité du terrain.
Ce que Warner Bros devrait exiger maintenant
Concrètement, voilà ce que la situation appelle selon moi.
Premièrement, une hiérarchisation claire du slate DC pour les 24 prochains mois. Quels personnages portent l’univers ? Quels films sont des piliers, quels projets sont des satellites ? Cette architecture doit être publique et cohérente.
Deuxièmement, des métriques de succès définies à l’avance pour chaque projet. Pas de cible de box-office annoncée après coup pour justifier un résultat décevant.
Troisièmement, un regard externe régulier sur les décisions créatives. Gunn a un talent réel, documenté, sur Les Gardiens de la Galaxie. Mais le talent individuel ne remplace pas un processus de validation collective, surtout quand les enjeux financiers atteignent plusieurs centaines de millions de dollars par projet.
La situation me rappelle aussi le débat sur la souveraineté et la dépendance aux décisions d’une poignée d’acteurs : quand un seul décideur concentre trop de pouvoir créatif et budgétaire, les garde-fous deviennent indispensables.
Mon avis
Je ne pense pas que la série Jimmy Olsen soit condamnée à l’échec par essence. Des paris créatifs inattendus ont parfois surpris tout le monde. Mais l’annonce de ce projet, à ce moment précis du cycle, sur cette base (un Superman qui n’a pas atteint ses objectifs), ressemble davantage à de l’entêtement qu’à de la vision. Warner Bros a le droit d’être exigeant. Si le studio ne pose pas de limites claires maintenant, il risque de reproduire exactement le cycle que Disney vient de passer cinq ans à corriger.
FAQ
Qui est Jimmy Olsen dans l’univers DC ?
Jimmy Olsen est le photographe et ami de Clark Kent au Daily Planet. C’est un personnage de soutien récurrent depuis les débuts de Superman dans les comics, rarement au centre d’une intrigue principale.
Pourquoi The Marvels est-il cité comme référence d’échec ?
The Marvels (2023) a réalisé le plus faible score de box-office de l’histoire du MCU, avec environ 206 millions de dollars de recettes mondiales pour un budget estimé à 220 millions, hors marketing. Il est devenu le symbole de la saturation du public face aux projets Marvel sur des personnages secondaires.
Est-ce que Gunn a déjà réussi à populariser des personnages méconnus ?
Oui. Les Gardiens de la Galaxie étaient quasi inconnus du grand public avant le film de 2014. Gunn les a transformés en franchise majeure. C’est l’argument qu’il avance pour défendre ses choix actuels, mais le contexte du marché en 2014 et en 2026 n’est pas comparable.
Quand le tournage de la série Jimmy Olsen doit-il commencer ?
Gunn a indiqué sur ses réseaux sociaux que le tournage démarrerait ‘bientôt’, sans préciser de date. Aucune fenêtre de diffusion n’est confirmée à ce stade.
Warner Bros peut-il arrêter ou recadrer le projet ?
En théorie, Warner Bros Discovery conserve le pouvoir de décision final sur le financement et la mise en production. En pratique, Gunn a été recruté avec un mandat large de reconstruction de l’univers DC, ce qui lui donne une latitude créative importante. Un recadrage public serait un signal fort, mais peu probable à court terme.